J’adore les fous ! Je dois sans doute en avoir un grain quelque part, pour être systématiquement attiré dès qu’un bouquin aborde la question de la folie.
Surtout quand, à l’image d’un génial «Shutter Island», cela se traduit pour le lecteur par une embardée dans un univers multiforme, où il se retrouve bien incapable à saisir ne serait-ce que le fil d’un début d’explication logique pour entrevoir la vérité, que le livre finira pourtant bien par lui délivrer.
Si Nikki Owen n’a certes pas le talent d’un Denis Lehane, elle en a cependant suffisamment pour construire sous sa plume une histoire tortueuse à souhait, capable de planter la raison du lecteur dans des sables mouvants, où il se demandera tout au long du roman, qui de la réalité ou de la folie est le reflet de l’autre.
Elle vient d’arriver en prison et attend son procès pour meurtre. Celui d’un prêtre catholique qu’elle a atrocement mutilé. De cette accusation, le Dr Maria Cruz Banderras, s’en rappelle très bien.
Mais pour le reste, le noir, le néant, le vide abyssal d’une mémoire creuse, dévorée par l’absence et l’oubli. Seules des fulgurances traversent son esprit. Des bribes de scènes, des fragments de conversations, des flashs d’un passé pulvérisé qui gravitent en une multitude de particules éparses dans l’espace de sa mémoire dissoute.
Désespérément elle essaye de les attraper au vol, de saisir les éclats d’une histoire qui est la sienne, d’en reconstituer la trame et le sens. Ce qu’elle sent pourtant au fond d’elle-même c’est qu’elle est innocente de ce crime dont on l’accuse.
Mais difficile en prison de se concentrer sur son histoire quand vous évoluez dans un milieu hostile, quand des thérapeutes ne cessent de vous harceler de questions pour vous démontrer que vous êtes bien coupable des faits qui vous sont reprochés. Mais la seule chose que Maria veut bien admettre c’est qu’elle souffre du syndrome d’Asperger.
De fait tout n’est que menace pour elle, qui à l’inverse de toute personne atteinte du même syndrome qu’elle, n’a aucun repère du quotidien auquel raccroché le fil de ses jours dans ce lieu d’enfermement.
Elle sait pourtant que la réponse est quelque part en elle, dans cette mémoire en fuite. Alors elle s’efforce d’avancer en tâtonnant à pas feutrés dans l’espace sombre de son esprit, comme un funambule sur un fil, essayant de tenir en équilibre entre une paranoïa qui la consume et une vérité qui se laisse approcher pour mieux se dérober.
Car tout le drame de Maria, et tout le talent de l’auteur, c’est que chaque bribe de sa vie remontée à la surface remet immédiatement en cause la précédente. Tout est flou, mouvant, en perpétuelle recomposition, si bien que le personnage reste constamment désorienté. Et de finir par douter de tout, y compris d’elle-même.
Est-elle bien ce chirurgien talentueux qu’elle était censée être avant le meurtre ? Est-elle vraiment innocente comme elle le pense ? Qui sont ces thérapeutes si insistants qu’ils en deviennent louches ?
Pour Maria tout n’est donc qu’incertitude malgré les pièces d’un puzzle qu’elle parvient parfois à placer. De son enquête introspective elle note tout dans son carnet, la moindre idée, le moindre souvenir. Si elle n’est pas capable de se rappeler du meurtre, sa mémoire est pour le reste prodigieuse. Celui ci est rempli de chiffres et de codes comme autant de clés dont elle cherche la serrure.
Simple meurtrière, complot gouvernemental et international, fruit d’une expérience scientifique qui l’a conditionnée à une fonction bien précise, Maria, et à sa suite le lecteur, naviguera entre tous ces possibles. Sans véritablement saisir la réalité, sauf une partie peut-être à la fin du roman.
« Sujet 375 » de Nikki Owen est un roman de questionnement perpétuel, tant pour le personnage que pour le lecteur qui s’aventure dans cette histoire. Le fait que Maria soit atteinte du syndrome d’Asperger tient le lecteur à distance, qui tourne autour du personnage sans jamais trouver une aspérité, un point d’ancrage pour saisir cet être hors norme.
Avec art, l’auteur offre au lecteur un chemin particulièrement tortueux dans l’esprit de son héroïne. L’alternance des passages hallucinés et de situations que l’on peut supposer réels enferme celui-ci dans une atmosphère pesante et étouffante qui s’apparenterait presque à une camisole. A mesure que l’on avance et que l’on découvre des éléments de l’histoire de Maria, le questionnement du lecteur s’amplifie pour au final se poser toujours cette ultime question :
Qui est-elle vraiment ?
Pas sûr que celui-ci en obtienne une réponse claire dans la mesure où il s’agit là du premier volet d’une trilogie dont la suite est annoncée pour octobre 2016.
Un roman bien amené par ses nombreux dialogues, ses personnages inquiétants et un style sans fioriture qui donne son rythme à l’histoire. Une réussite pour un premier roman.

©Yigaël/Passion Polar
Le syndrome d’asperger m’intriguant pas mal…je le rajoute à ma PAL !
attends toi à une histoire déroutante ! mais tu verras ca vaut le détours ! 😉
Oui ben moi, je vais attendre que les 3 soient sortis… J’ai horreur d’attendre ! Surtout quand c’est prenant, bonjour la frustration quand arrivé à la fin, on s’aperçoit qu’il va falloir attendre la suite pendant des mois… Aaarrrggh !
ca peut s’entendre, en même temps le plaisir à lire les livres dès leur sortie en attendant le suivant c’est que ca te laisse le temps d’imaginer la suite de l’histoire , et verifier par la suite si finalement, tu ferais un bon detective 😉 😉
Alors là, mon ami, tu m’en bouches un coin. J’avais vu des billets passer et j’étais persuadé que ce n’était pas pour moi. Finalement, je me demande … Amitiés
ah il est très particulier c’est sûr, mais au final j’ai bien aimé. Tu sais comme j’ai les trucs un peu torturés 🙂
J’aime les fous aussi, ce roman a tout pour me plaire. Et sur le sujet, as-tu vu la série “American Horror Story” saison 2 ? Un bonheur de dingues !
ah non du tout, je t’avoue même n’en avoir jamais entendu parler !!! je vais essayer de dénicher ca ! merci du conseil !!!!
Bon, je n’ajoute pas “âmes sensibles s’abstenir”, pas ici, mais bon, ça peut en traumatiser certain(e)s 😉
héhé 😉
J’ai plusieurs fois failli le prendre puis… La folie me met plutôt mal à l’aise ; pas osé .
Là , vu de l’intérieur avec la quête de l’identité et en fond les troubles envahissants du développement ça renforce l’envie de le découvrir . J’y réfléchis …
😉
héhé la question est de savoir si tu franchiras ou non le rubicon ! 🙂
Ah tu me régales, là, je me le note
si toi aussi tu rêves que tu as des canards sauvages dans ta piscine, ce roman est fait pour toi 😉
En plus d’aimer les zombies, j’aime aussi les fous…
un fou zombie, ce serait bien non?
C’est grave docteur ? lol
bizzz
t’es aussi barrée qui moi toi dis dont !!! on finira dans le même institut toi et moi !!! 🙂 ce roman est interessant, la suite arrive ca tombe bien. Par contre je viens d’en lire un autre complètement fou si je puis dire, c’est ” camisole” de Salomon De izarra! t’en veux du truc bien barré, là tu vas être servi ! 😉 A binetôt ma foldingue préférée ! 🙂